Des milliers de places de stationnement supprimées…
Bonjour à tous ! Il y a quelques jours, un article de TF1 présentait une loi qui allait forcer la suppression de milliers de places de stationnement en France et expliquait comment elle allait impacter les villes qui l’appliquent… chacune avec une approche très différente.
[extrait]
Avant d’aller plus loin, un petit rappel sur cette fameuse loi : son objectif est de garantir davantage de sécurité pour les piétons qui s’engagent sur les passages piétons et en permettant aux conducteurs de mieux anticiper leur présence
car chaque année, en ville, plus d’un tiers des piétons tués le sont sur un passage piéton. Et pour améliorer cette visibilité, le stationnement de véhicules motorisés sera interdit à moins de 5 mètres des passages piétons d’ici la fin de l’année.
Pour ceux qui suivent ma chaîne, cette loi n’est pas une nouveauté : j’en parle depuis plusieurs années. J’ai même déjà réalisé une vidéo sur une place de police neutralisée il y a trois ans, et un sujet dédié il y a deux ans : Pourquoi des milliers de places de parking doivent-elles être remplacées ?
Cette loi a été promulguée le 24 décembre 2019, et les villes ont jusqu’au 31 décembre 2026 pour s’y conformer. C’est-à-dire 7 ans et 7 jours pour se mettre en règle… et nous entrons maintenant dans la dernière année d’application.
Elle vient également corriger une incohérence au niveau du code de la route qui indique que le stationnement à moins de 5 mètres d’un passage piéton était interdit et ce depuis 2017.
Voilà pour la mise au point !
Et même si cette loi est incontestablement une bonne mesure, elle soulève de nombreuses interrogations quant à son coût de mise en place pour la collectivité et à l’impact de la suppression de places de stationnement en ville. C’est précisément sur ce point que j’aimerais revenir.
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039678026
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033706558/2017-01-01
le premier sujet de TF1 présenté
Sujet TF1 : Viry-Châtillon
Commençons par le premier exemple présenté par TF1 : Viry-Châtillon. C’est le moins encourageant des trois cas. Ici, le reportage met surtout en avant le problème de la loi : la suppression de places de stationnement, montrée comme une contrainte coûteuse.
Dans cette rue, trois places vont être supprimées : deux en zone bleue c’est-à-dire des places gratuites, contrôlées par disque, indiquées par la peinture bleue au sol et un panneau… panneau qui n’est d’ailleurs plus d’actualité depuis 2008. À première vue, le maire n’est pas pressé de faire appliquer la réglementation.
La durée de stationnement sur ces places varie, mais ici elle est de 1h30. Un panneau précise la durée maximale autorisée, et effectivement, la suppression de ces places fait perdre un roulement intéressant pour les clients.
Cependant ce qui n’a pas été présenté dans le reportage c’est qu’il existe de très nombreuse places de parking à proximité : un parking de 60 places à quelques mètres, un autre de 50 places, et un parking de 60 places tout beau tout neuf à moins de 200 mètres, et encore un dernier de 20 places. Au total, plus de 150 places restent disponibles dans la zone pour… aucune solution pour les cyclistes qui veulent accéder aux commerces.
Au final, l’application de la loi permet de rééquilibrer l’espace public : repenser ces zones pour offrir enfin des places pour les vélos, alors qu’il n’en existe actuellement aucune dans le centre. Il reste toutefois à garantir un accès réellement sécurisé : pour l’instant, il ne s’agit que de simples pictogrammes vélo peints sur la chaussée.
Le risque, néanmoins, dans cette ville — comme dans d’autres où le maire est réticent à ce changement —, c’est que la loi soit ignorée, ou pire encore, que l’on use de malice en supprimant un passage piéton jugé « superflu » afin de conserver des places de stationnement qui allaient être supprimées. Je cite volontairement cette possibilité, car plus rien ne me surprend.
Orléans a déjà adopté ce type d’approche : j’en parlais dans un précédent sujet, où un passage piéton avait été supprimé. Heureusement, ici, les associations sont restées vigilantes et l’affaire a été portée en justice afin que les piétons et les cyclistes soient pris en compte dans ce nouvel aménagement.
C’est un point important à rappeler : vous, citoyens, ou membres d’associations, êtes les seuls garants du respect de cette loi par les collectivités. Car si la ville ne fait rien, ou se contente de supprimer des places de stationnement, elle ne sera réellement inquiétée qu’en cas d’accident et uniquement s’il est prouvé que celui-ci est dû à un aménagement non conforme ou obsolète.
Et c’est ce jour-là que l’économie de bout de chandelle souhaitée par la collectivité lui retombera dessus, en prenant conscience du coût réel d’une vie perdue, faute d’avoir agi pour garantir la sécurité.
Car cette sécurité, même si elle entraîne un coût de mise en place, permet d’éviter par la suite des dépenses bien plus lourdes, liées à des dégâts parfois irréversibles. Il est donc essentiel d’en prendre pleinement la mesure et d’agir maintenant.
L’autre approche serait de se dire que la solution la plus simple serait… la peinture. Simple, peu coûteuse et rapide à mettre en place.
https:%2F%2Fstreetviewpixels-pa.go
ogleapis.com%2Fv1%2Fthumbnail%3Fcb_client%3Dmaps_sv.tactile%26w%3D900%26h%3D600%26pitch%3D18.43974758661831%26panoid%3DFGefLnYOvzAPnoTCRfcJdg%26yaw%3D14.612158593120533!7i16384!8i8192!4m6!3m5!1s0x47e5df1523c21343:0xe459f05cae767e95!8m2!3d48.6736677!4d2.3767943!16s%2Fg%2F1tj1rchg?entry=ttu&g_ep=EgoyMDI1MTIwOS4wIKXMDSoKLDEwMDc5MjA3M0gBUAM%3D
https://www.cerema.fr/fr/actualites/obligation-neutraliser-places-stationnement-motorise-5-m
Fontainebleau : quand la peinture ne tient pas
En ce sens, TF1 présente également Fontainebleau comme une ville réorganisant son espace public. Mais ce qui est particulièrement frappant ici, c’est que la ville n’a pas attendu le dernier moment pour agir : cela fait des années qu’elle expérimente des solutions, notamment avec de la « peinture au sol » pour neutraliser des places de stationnement. Or, cette méthode ne fonctionne pas vraiment.
À cet endroit précis, depuis 2012, la peinture interdit le stationnement afin de dégager la vue pour la traversée des piétons et d’améliorer la sécurité du carrefour. Car là aussi, le Code de la route est très clair : l’arrêt ou le stationnement à proximité des intersections ou des passages piétons peut être considéré comme dangereux lorsque la visibilité est insuffisante.
La ville a tenté à plusieurs reprises de faire respecter cette règle, mais sans réel succès. Pour y remédier, elle a progressivement ajouté des potelets, des arceaux vélo et, plus récemment comme illustré par le sujet de TF1 , des espaces végétalisés.
La solution de la simple peinture, peu coûteuse sur le papier, n’est donc pas envisageable au vu du comportement des conducteurs.
Proximité d’une école : un point crucial
Un autre élément soulevé par TF1 : ces places sont proches d’une école. Elles ont été transformées en stationnement vélo, très apprécié par les familles. Mais même avec des arceaux, les vélos finissent souvent attachés où ils peuvent, faute d’espace suffisant.
TF1 parle de « 90 places supprimées », mais c’est faux : si ces places sont transformées en arceaux, chaque place peut accueillir 8 à 10 vélos, ce qui représente plusieurs centaines de places vélo créées. Et si on ajoute un peu de végétation comme dans l’exemple du reportage, cela reste beaucoup plus bénéfique qu’une simple suppression de places voiture.
Sécurité et circulation : encore des lacunes
Malheureusement, la sécurité devant l’école n’a pas été optimisée. La rue débouche face à des grilles, ce qui force certains enfants à traverser entre deux véhicules, un comportement dangereux. L’idéal serait un grand trottoir traversant, dégagé de tout stationnement, pour maximiser la visibilité et sécuriser la traversée.
Tant que la circulation de transit persistera, même avec une limitation de vitesse à 20 km/h, la sécurité des piétons ne sera jamais garantie. Dans ces espaces sensibles, il faudrait les rendre piétonniers.
Car même après des travaux d’aménagement, TF1 a capturé de nombreux refus de priorité aux passages piétons : preuve que la peinture et quelques aménagements ne suffisent pas à changer les comportements il faut aller plus loin.
https://www.youtube.com/watch?v=BWLsCboOBV4&t=277s
https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006842293
Amiens : un exemple de ville qui évolue progressivement
La dernière ville présentée est Amiens, qui montre une approche plus progressive et réfléchie. Ici, le stationnement affecté est principalement résidentiel. On peut voir sur Google Street View que certaines places sont occupées par les mêmes véhicules année après année. La mairie pourrait alors profiter de cette réorganisation de l’espace pour augmenter la disponibilité des places, soit en limitant le temps de stationnement à quelques heures seulement, par exemple le temps d’un rendez-vous, comme on l’a vu dans la première ville, soit en rendant ces places payantes. L’idée est de réserver devant les commerces des places à courte durée et d’utiliser les parkings situés à proximité pour des stationnements plus longs, notamment pour les personnes venant de loin pour travailler, tout en améliorant la qualité des déplacements de courte distance à pied et à vélo.
À Amiens, les choses se sont timidement améliorées. On peut observer une évolution progressive : auparavant, il était difficile de traverser, mais un passage piéton doublé a été installé avec de la végétation. Cependant, les piétons continuaient à traverser en ligne droite, créant une « ligne de désir ». La ville a finalement retravaillé cette traversée pour accompagner les usages réels et faciliter les déplacements à pied. C’est exactement ainsi que l’urbanisme doit évoluer : observer le comportement des usagers et adapter l’espace public pour eux.
Juste à côté, on peut voir une absurdité avec un des rares arceaux vélo de la ville, installé juste devant le passage piéton, ce qui bloque l’accès aux personnes à mobilité réduite. De plus, certains trottoirs ne sont pas équipés de rampes ou de guides pour les malvoyants, alors qu’ils l’étaient auparavant. Un autre point inquiétant est la disparition progressive de ce passage piéton, où de nombreux automobilistes stationnaient : on espère ici que ce n’est qu’un oubli de la ville et non une démarche intentionnelle pour conserver des places de stationnement.
Un autre point critique concerne la largeur des trottoirs, qui n’est pas toujours réglementaire. Par exemple, en face d’une assurance, le trottoir devrait mesurer 1,40 m, mais il n’atteint même pas un mètre. De plus, il n’y a pas de trottoir de l’autre côté de la rue, alors que des voitures stationnent en épi, obligeant les piétons à se faufiler entre les véhicules.
Vitesse et sécurité piétonne
La vitesse d’approche des intersections joue un rôle crucial. Réduire la vitesse à 30 km/h permet une meilleure visibilité qu’à 50 km/h. Le CEREMA recommande un minimum de 10 mètres en amont des passages piétons si la vitesse est de 50 km/h. Réduire la vitesse permet aussi de créer des rues à double sens cyclable, simplifiant les déplacements à vélo. Malheureusement, cette solution n’est pas encore généralisée à Amiens.
La présence de bandes cyclables le long des stationnements améliore la visibilité aux passages piétons en décalant la circulation automobile et en ouvrant l’angle de vue. Ce n’est pas encore l’idéal, car le risque d’ouverture de portière subsiste. L’option la plus sûre reste le retrait du stationnement ou son aménagement du côté droit.
On peut également améliorer la priorité des piétons en mettant en place des trottoirs traversants ou une gestion fine des îlots de trottoirs.
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000049320039
Cette question de redistribution de l’espace pour offrir plus de sécurité aux piétons est finalement plus large qu’une simple réduction de l’espace dédié à la voiture.
l s’agit de repenser la place des déplacements autres qu’en voiture. Le stationnement doit également être repensé : il doit permettre l’accessibilité des clients et des personnes travaillant dans ces espaces, mais ne doit plus être occupé de manière permanente par des résidents. Le bien privé qu’est la voiture doit être stocké dans un espace privé : l’espace public ne doit pas servir de solution pour garer ces véhicules.
Cette mesure ne doit donc pas être vue comme une contrainte, mais comme une opportunité de repenser l’espace en offrant plus de sécurité aux piétons, plus de sérénité aux conducteurs qui ne seront pas surpris par un piéton apparaissant de nulle part, et davantage de solutions de stationnement pour les cyclistes.
Cet espace peut aussi s’adapter à chaque lieu et chaque ville, en mettant en place des espaces verts dans les zones résidentielles, des parkings en face des commerces, des bancs pour faire une pause sur un trajet, ou encore de nouveaux espaces publics pour rendre la ville plus vivante.
Et c’est aussi à vous de veiller à ce que votre ville respecte cette réglementation, à vous de l’accompagner dans ce changement en échangeant avec les élus sur vos besoins de déplacement. Car si vous n’agissez pas sur cette réorganisation de l’espace public, d’autres le feront à votre place. Je resterai là pour vous partager cette vision de partage de cet espace !
Avant de terminer, merci à tous ceux qui soutiennent ce travail sous ses différentes formes, et merci également pour vos réactions sur Discord. Il est temps pour moi de vous dire à bientôt pour une prochaine vidéo, et bonne route !