La rue est devenue interdite aux enfants

Une ville à hauteur d’enfants : un métier vraiment inutile ?

Récemment, je suis tombé sur une vidéo Instagram dans laquelle son auteur classe les fonctions exercées par des élus : 

Et il n’a pas été particulièrement tendre avec le poste consacré à la « ville à hauteur d’enfants ».

Comme tout ce qui touche à l’urbanisme m’intéresse, j’ai voulu vérifier s’il s’agissait réellement d’un métier inutile.

Pour répondre à cette question, je vous emmène découvrir la ville à hauteur d’enfant, littéralement pour observer des problèmes du quotidien devenus invisibles pour les adultes, mais aussi des transformations urbaines très concrètes qui peuvent rapidement améliorer le confort et l’autonomie des plus jeunes.

Des aménagements devant lesquels vous passez peut-être tous les jours sans les remarquer, mais qui révèlent les conséquences d’une ville encore largement pensée par et pour les adultes.

Des aménagements devant lesquels vous passez peut-être chaque jour sans les remarquer, mais qui racontent une ville encore largement pensée par et pour les adultes. Et à la fin de cette vidéo, vous ne regarderez peut-être plus jamais vos rues de la même manière. 

https://www.instagram.com/reels/DX4kKymMVGM

Regarder une ville depuis le point de vue d’un enfant

Comme son nom l’indique, une ville à hauteur d’enfants est une ville pensée depuis leur point de vue.

Cela signifie prendre en compte leur petite taille, leur rythme de déplacement, leur difficulté à évaluer la vitesse des véhicules, mais aussi leur capacité encore limitée à anticiper certaines situations.

Certains programmes, comme Urban95, proposent par exemple d’imaginer l’espace public depuis une hauteur de 95 centimètres, soit approximativement celle du regard d’un jeune enfant. Mais le sujet ne concerne évidemment pas uniquement les enfants de trois ans.

Un enfant accompagné de ses parents n’a pas les mêmes besoins qu’un enfant de huit ans qui commence à se déplacer seul dans son quartier. De la même manière, un adolescent souhaitant rejoindre ses amis ou prendre les transports en commun ne rencontre pas les mêmes obstacles. La véritable question est donc celle de l’autonomie progressive.

  • À quel moment un enfant acquiert-il cette autonomie ?
  • Comment peut-il aller seul à l’école, se rendre au parc ou prendre les transports en commun ?
  • Et surtout, qu’est-ce qui permet aux parents de considérer que ces déplacements sont suffisamment sûrs ?

Car c’est finalement cette question qui vient répondre à notre interrogation de départ.

Pour que les parents acceptent de laisser davantage d’autonomie à leurs enfants, il faut d’abord leur offrir un environnement réellement sûr et rassurant. Plus la ville protège les plus jeunes, plus les parents leur accordent de liberté ; et plus les enfants gagnent en autonomie, plus ils apprennent à se déplacer seuls. C’est un véritable cercle vertueux. 

https://www.irev.fr/50-propositions-pour-creer-des-villes-a-hauteur-d-enfants

Des enfants présents, mais uniquement dans certains espaces

Les enfants n’ont évidemment pas disparu des villes mais ils ne restent présents que dans les espaces spécialement conçus pour eux, les écoles, dans les parcs, les centres de loisirs ou près des équipements sportifs. Mais entre ces lieux, il est devenu beaucoup plus rare de les voir seuls.

On voit moins d’enfants jouer devant leur immeuble, rejoindre seuls un ami ou simplement rester dehors sans activité organisée. Et lorsqu’un jeune enfant se déplace seul, cela peut même susciter immédiatement de l’inquiétude.

Leur rayon d’autonomie s’est progressivement réduit au fil des années. L’âge des premiers déplacements sans adulte a augmenté, tandis que le temps passé librement à l’extérieur a diminué.

Ce phénomène ne repose pas sur une seule cause.

Dans les villes, il s’explique notamment par l’augmentation de la circulation automobile, qui rend certains trajets plus difficiles et plus dangereux et accroît le risque d’accident.

Dans les zones rurales, la disparition des commerces et des services de proximité a également augmenté les distances à parcourir.

Un peu partout, les cours d’immeubles sont parfois devenues des parkings ou des espaces dans lesquels il est interdit de jouer.

À cela s’ajoute une perception accrue du danger, alimentée par une médiatisation plus importante et par la libération de la parole autour des violences. Les parents craignent davantage les mauvaises rencontres, les agressions ou le harcèlement dans l’espace public.

Les technologies numériques jouent également un rôle. Elles offrent une porte de sortie virtuelle, souvent perçue par les parents comme plus simple et plus sûre. Elles peuvent constituer un refuge pour certains enfants, mais elles les éloignent aussi progressivement de la rue et des espaces collectifs, tout en augmentant leur sédentarité.

La première réaction serait alors de considérer que les parents sont simplement devenus trop protecteurs. Mais avant de juger leurs choix, il faut observer la ville dans laquelle on leur demande de laisser leurs enfants se déplacer seuls.

Le premier trajet commence devant le domicile

L’autonomie d’un enfant ne commence généralement pas par un trajet de plusieurs kilomètres.

Elle débute souvent à l’intérieur même du logement. Avant d’être autorisé à aller seul à l’école, un enfant peut d’abord rester quelques instants sans adulte, puis descendre jouer dans la cour, devant son immeuble ou rejoindre un ami qui habite à quelques mètres.

Les cours d’immeubles, les petites places et les espaces situés au pied des bâtiments sont donc essentiels. Ils forment une transition progressive entre l’espace privé du logement et l’espace public de la rue.

Ils permettent à l’enfant de s’éloigner peu à peu du regard direct de ses parents, tout en restant dans un environnement familier. Ce sont aussi des lieux où il peut rencontrer les autres enfants du quartier, apprendre à jouer avec eux et commencer à créer ses propres relations.

Mais, au fil des années, beaucoup de ces espaces ont été transformés et ne peuvent plus remplir cette fonction. Certaines cours sont devenues des parkings, d’autres ont été bâties pour créer de nouveaux logements. Des rues autrefois calmes sont devenues plus passantes, tandis que les trottoirs se sont parfois réduits. Dans certains immeubles, jouer dans la cour est tout simplement interdit.

Et j’insiste sur ses espaces car il joue un rôle très important directement lié à la qualité et la taille du logement dans lequel va grandir l’enfant. Un enfant qui vit dans un petit appartement a davantage besoin de pouvoir passer du temps dehors qu’un enfant qui dispose d’une grande chambre, d’un jardin ou de nombreux espaces privés.

La ville à hauteur d’enfants pose donc aussi une question sociale : qui dispose réellement d’un espace suffisant pour jouer, se dépenser ou recevoir ses amis ?

Sur ce point, une partie de la réponse passe par la sensibilisation et l’accompagnement des bailleurs, des copropriétés et des syndics, notamment à Paris, où les cours d’immeubles sont très nombreuses. La municipalité peut également soutenir la transformation et l’ouverture de ces espaces.

Nous sommes ici, par exemple, dans le jardin de l’Îlot Riquet, au cœur d’un ensemble d’habitations du 19ᵉ arrondissement. Cet espace offre aux enfants un véritable terrain d’expérimentation, directement au pied de chez eux. Ils peuvent y jouer, rencontrer leurs voisins et découvrir progressivement leur environnement sans avoir à traverser une route.

C’est exactement ce type de lieu qui peut constituer le premier pas vers l’autonomie : un espace intermédiaire, situé entre le logement familial et la ville.

Le commerce comme première expérience d’autonomie

Intéressons-nous maintenant à l’un des premiers déplacements qu’un enfant peut effectuer seul : aller acheter du pain.

Ce trajet peut sembler anodin, mais il lui permet d’apprendre beaucoup de choses. Il doit mémoriser un itinéraire, traverser une rue, entrer dans un commerce, parler à un adulte, utiliser de l’argent, puis retrouver son chemin jusqu’à son domicile.

Les commerces jouent également un rôle de refuge. Un commerçant connaît généralement son quartier, observe ce qui se passe devant sa boutique et peut venir en aide à un enfant en difficulté.

Pour un parent, savoir que son enfant passera devant plusieurs commerces ou croisera des adultes connus rend le trajet plus rassurant.

Une rue sans commerces n’est donc pas seulement moins animée : elle offre aussi moins de points de repère, moins de présence humaine et moins de possibilités de demander de l’aide.

Cela montre que l’autonomie ne dépend pas uniquement de la largeur d’un trottoir ou de la présence d’un passage piéton. Elle repose également sur la vie du quartier et sur les personnes susceptibles d’intervenir en cas de problème.

Mais pour permettre à un enfant de découvrir son quartier en sécurité, l’aménagement de la rue reste évidemment essentiel : une circulation limitée, moins de stationnement, une bonne visibilité et des espaces agréables pour marcher.

Toujours dans le 19ᵉ arrondissement dans le même quartier, la rue Mathis illustre bien cette transformation. Elle a été entièrement réaménagée pour devenir un espace piéton, dégagé et végétalisé.

Les plus jeunes peuvent ainsi commencer à explorer l’espace public dans un environnement plus calme, sans être constamment confrontés à la circulation automobile.

Cette piétonnisation ne bénéficie d’ailleurs pas uniquement aux enfants. Elle rend les déplacements plus confortables, améliore le cadre de vie et peut aussi renforcer l’activité des commerces de proximité en donnant davantage envie de marcher, de s’arrêter et de fréquenter la rue.

La végétation contribue enfin à rendre cet espace plus agréable, plus accueillant et plus frais, notamment pendant les périodes de forte chaleur.

Le chemin de l’école comme premier grand test

Alors, certains me diront : « C’est un bel exemple, mais on ne peut pas piétonniser toutes les rues ni sécuriser entièrement chaque trajet. »

Et c’est vrai. Il n’est ni possible ni forcément nécessaire de transformer toute la ville de la même manière. En revanche, on peut agir progressivement, en commençant par les lieux les plus fréquentés par les enfants.

L’école est le point de départ le plus évident.

Chaque jour, des centaines d’enfants y convergent à la même heure. Pourtant, c’est précisément à ce moment que les rues deviennent parfois les plus chaotiques : des voitures s’arrêtent en double file, les trottoirs se saturent et les enfants doivent traverser entre des véhicules stationnés.

Pour répondre à ce problème, de nombreuses villes ont créé des rues scolaires, aussi appelées rues aux écoles.

Le dispositif peut prendre plusieurs formes. La circulation peut être interrompue uniquement pendant les entrées et les sorties, interdite toute la journée ou définitivement supprimée grâce à un réaménagement complet.

Dans les projets les plus ambitieux, l’ancien espace de circulation est remplacé par des arbres, des bancs, des jeux, des sols perméables ou encore du stationnement vélo.

Ces transformations réduisent le risque d’accident, mais aussi l’exposition des enfants à la pollution automobiles

(mesures)

et cette transformation de rue est d’autant plus intéressante si elle permet de former un bloc ou circuler en sécurité 

Pour comprendre cette logique, nous sommes ici, rue Tandou, devant une école élémentaire. La circulation a été supprimée devant l’établissement et limitée dans plusieurs rues adjacentes. L’intérêt est de ne pas sécuriser un seul point, mais de créer progressivement un véritable périmètre apaisé.

Les enfants peuvent notamment rejoindre le gymnase situé juste à côté sans être directement confrontés à la circulation automobile 

Un peu plus loin, d’autres rues ont également commencé leur transformation. Dans certains cas, des barrières permettent de les fermer temporairement à la circulation, notamment aux horaires où les enfants se déplacent le plus.

Ces aménagements facilitent l’accès à l’école, mais aussi aux espaces de jeux et aux différents équipements du quartier.

Petit à petit, ce ne sont donc plus seulement quelques rues isolées qui sont sécurisées, mais un véritable maillage reliant les lieux importants du quotidien : l’école, le gymnase, les parcs et les terrains de jeux qui peuvent ainsi permettre de créer un itinéraire sécurisé du domicile à l’école en passant par ses points clef

On ne transforme donc pas nécessairement toute la ville en zone piétonne. On identifie d’abord les trajets essentiels, puis on agit aux endroits où le danger et les besoins sont les plus importants.

Une ville dans laquelle le jeu ne s’arrête pas au parc

Une ville à hauteur d’enfants est également une ville dans laquelle il est possible de jouer ou l’on peut expérimenté.

Aujourd’hui quand on pense jeu pour enfant on est souvent cantonné à des espaces clairement identifiés et clôturés. L’enfant peut jouer à l’intérieur d’un parc, mais il est supposé s’arrêter dès qu’il en franchit la grille.

Pourtant, les enfants ne jouent pas uniquement avec des équipements officiellement conçus pour eux. Une marche peut devenir un obstacle à franchir, un muret un parcours d’équilibre, et une fontaine, un relief ou un simple dessin au sol peuvent donner naissance à des dizaines d’usages.

Une ville jouable n’est donc pas nécessairement une ville remplie de toboggans et de mobilier coloré. C’est avant tout un environnement ouvert, accessible et suffisamment sécurisé pour permettre aux enfants d’explorer, d’imaginer et de détourner les espaces qui les entourent.

Et à paris on en trouve déjà de nombreux exemple comme ce mur qui a fait le bonheur de mon neveu et nièce qui on découvert Paris et que ses jeux peuvent se cacher à chaque coin de rue, le sol ici est par exemple sécurisé parfait pour expérimenté tombé sans se faire du mal 

Et j’ai aussi pu observer ce détail  à Rosa Parks lors d’un précédent reportage. les boutons permettant d’activer la fontaine avaient été installés à une hauteur accessible aux enfants.

Cela peut sembler anodin, mais beaucoup d’équipements du quotidien sont encore conçus uniquement à hauteur d’adulte. Les boutons d’interphone, les poignées de porte, les commandes d’ascenseur, les fontaines ou même certains sanitaires restent parfois difficilement accessibles aux plus jeunes.

Or, ce sont aussi ces petits détails qui permettent à un enfant d’agir seul, de prendre des initiatives et de gagner progressivement en autonomie. Ils doivent donc être pensés dès la conception des projets, et non ajoutés après coup.

L’UNICEF considère d’ailleurs le jeu, l’activité physique, la créativité et l’apprentissage comme des fonctions essentielles des espaces publics adaptés aux enfants.

Mais rendre une ville ludique ne consiste pas simplement à peindre quelques formes sur le sol tout en conservant une circulation automobile importante. Ce n’est pas non plus installer un jeu dans un espace sans ombre, sans banc et sans protection face à la chaleur.

Pour être réellement accueillant, un espace doit permettre aux enfants de jouer, mais aussi de s’y rendre, d’y rester et de se l’approprier dans de bonnes conditions.

Ces espaces peuvent aussi favoriser l’autonomie en permettant, par exemple, d’apprendre à faire du vélo dans un environnement adapté, comme ici, toujours à Rosa Parks.

Et vous l’avez peut-être remarqué : pour passer de la fontaine à cet aménagement cyclable, je n’ai croisé aucune circulation automobile.

C’est aussi cela, la clé : créer une continuité entre les différents espaces fréquentés par les enfants, afin qu’ils puissent se déplacer, jouer et expérimenter sans être constamment confrontés au trafic.

Il ne suffit pas d’installer un équipement sécurisé au milieu de nulle part. Encore faut-il qu’un enfant puisse le rejoindre à pied ou à vélo sans devoir traverser un axe dangereux.

Protéger sans enfermer

Et pour les autres axes de circulation lorsqu’un enfant traverse maladroitement ou surgit sur la chaussée, on lui reproche souvent de ne pas avoir suffisamment fait attention.

C’est d’ailleurs ce qui m’avait profondément choqué après la mort d’un enfant à Paris. Dans un premier temps, plusieurs médias avaient insisté sur son comportement, avant de revenir quelques jours plus tard sur cette présentation et de s’intéresser davantage à la responsabilité du conducteur.

Évidemment, un enfant peut mal évaluer la vitesse d’un véhicule, être distrait ou changer soudainement de direction. Mais c’est précisément pour cette raison que l’aménagement de la rue doit intégrer la possibilité de l’erreur.

L’objectif n’est pas d’empêcher toute maladresse. Il est de faire en sorte qu’une erreur ne provoque pas immédiatement en drame

Cela suppose de ralentir réellement les véhicules, de raccourcir les traversées, de dégager la visibilité en supprimant certaines places de stationnement et de réduire le trafic là où les piétons et les cyclistes sont nombreux.

Car limiter une rue à 30 kilomètres par heure ne suffit pas si elle reste large, droite et entièrement conçue pour permettre de rouler vite.

C’est justement ce qui a changé ici, à proximité des Buttes-Chaumont. La chaussée a été rétrécie et la végétation a pris davantage de place. Le champ visuel est plus chargé, la rue paraît moins large et les conducteurs sont naturellement incités à ralentir.

Ce phénomène a également été observé dans plusieurs études. Une expérience comparant des rues identiques avec et sans arbres a relevé une diminution moyenne de la vitesse de 5 kilomètres par heure

La végétation ne sert donc pas uniquement à embellir ou à rafraîchir l’espace public. Lorsqu’elle est bien disposée en plus d’un réaménagement de voie, elle peut aussi modifier la perception de la rue et contribuer à réduire la vitesse.

À l’inverse, certaines solutions présentées comme protectrices peuvent produire des effets indésirables.

Multiplier les barrières et les potelets crée une séparation très nette entre la chaussée et le trottoir. Cela peut donner aux conducteurs le sentiment qu’ils disposent d’un espace parfaitement dégagé, dans lequel ils peuvent accélérer sans se préoccuper de ce qui se passe autour.

Ces dispositifs créent également des passages étroits, compliquent les déplacements des personnes en fauteuil roulant et gênent les parents accompagnés d’une poussette.

Protéger les enfants ne signifie donc pas les enfermer dans un couloir délimité par des barrières. Il faut plutôt créer un environnement lisible et apaisé, dans lequel les véhicules circulent suffisamment lentement pour que piétons, cyclistes et conducteurs puissent réellement cohabiter.

Les journées sans voitures permettent également de montrer tout ce que l’on peut faire d’une rue lorsqu’elle n’est plus entièrement occupée par la circulation et le stationnement on peut l’observer chaque premier dimanche du moi à Paris avec certain quartier qui sont complémen fermé à la circulaiton 

ALLER PLUS LOIN

Pour permettre aux enfants de gagner progressivement en autonomie, il faut aussi leur offrir des itinéraires réellement adaptés à leurs déplacements.

Et ca se matérialise par des aménagements continus : des pistes cyclables protégées permettant de franchir les grands axes en toute sécurité, sans disparaître à l’approche des carrefours, mais aussi par du stationnement vélo devant les écoles, les parcs et les différents équipements publics.

C’est exactement ce que je détaillerais dans ma vidéo consacrée à Saint-Denis. N’hésitez pas à la regarder si le sujet vous intéresse, car la question des déplacements à vélo fait pleinement partie de la ville à hauteur d’enfants.

Les transports en commun doivent eux aussi être suffisamment simples et lisibles pour pouvoir être utilisés progressivement sans accompagnement.

Cela passe par une signalétique facile à comprendre, des correspondances claires, des quais bien organisés et des informations accessibles aux plus jeunes.

C’est par exemple ce que j’ai pu observer à Taïwan. Pour s’orienter dans certaines stations, il suffit de suivre une ligne de couleur dessinée sur les murs. Le dispositif devient presque ludique : un enfant peut poser sa main sur la ligne et la suivre jusqu’à sa destination.

L’attente est elle aussi clairement organisée. Des marquages au sol indiquent où se placer avant l’arrivée du métro, tandis que des espaces prioritaires sont prévus, notamment à proximité des ascenseurs.

Ce sont des détails simples, mais ils rendent les déplacements plus faciles à comprendre et moins intimidants.

Nous connaissons désormais une grande partie des solutions. Le véritable enjeu est maintenant de les appliquer de manière cohérente à l’échelle de toute la ville.

Commencer par une transformation temporaire

Transformer immédiatement un quartier entier peut être long, coûteux et complexe. Une première approche consiste donc à tester des solutions temporaires dans deux ou trois quartiers pilotes.

Mais avant de modifier l’espace, il faut comprendre les déplacements réellement effectués par les enfants, ainsi que ceux qu’ils aimeraient pouvoir faire seuls.

Pour cela, les enfants et leurs parents peuvent participer à des marches exploratoires, dessiner leurs itinéraires quotidiens et signaler les endroits qu’ils évitent ou dans lesquels ils ne se sentent pas en sécurité.

Cette observation permet de comprendre comment relier les logements aux écoles, aux commerces, aux parcs, aux équipements sportifs et aux transports. L’objectif est de construire progressivement un véritable réseau adapté à leurs déplacements.

Et c’est justement tout l’intérêt de ce métier : organiser ces échanges, suivre les projets et tirer des enseignements des différentes expérimentations. C’est aussi le sens de la notion de « ville apprenante » présente dans l’intitulé du poste : une ville qui observe les usages, écoute les habitants et fait évoluer ses aménagements en fonction de leurs besoins.

Une fois ce diagnostic réalisé, il est possible de recourir à l’urbanisme tactique. Cela peut consister à fermer temporairement certaines rues, supprimer quelques places de stationnement à proximité des passages piétons, élargir provisoirement les trottoirs ou installer du mobilier mobile.

Une cour d’école peut également être ouverte le week-end. Une rue peut être libérée des voitures pendant une journée afin d’observer la manière dont les habitants se réapproprient l’espace.

Il faut aussi penser ces lieux pour qu’ils soient réellement mixtes et accueillants pour tous les enfants. C’est un aspect encore trop rarement questionné : un espace presque entièrement consacré à la pratique sportive, notamment aux jeux de ballon, risque par exemple d’être occupé principalement par un seul groupe et de laisser moins de place aux autres usages.

Les arbres, l’ombre, l’eau, les assises et les sols naturels permettent au contraire de diversifier les activités. Ils favorisent des jeux moins standardisés, améliorent le confort et rendent les espaces utilisables pendant les périodes de forte chaleur.

Les politiques en faveur des enfants rejoignent donc directement les questions de santé, de végétalisation et de résilience climatique.

Ces aménagements temporaires ne doivent cependant pas être considérés comme une solution définitive. La peinture au sol, les bacs végétalisés et les barrières servent avant tout à tester de nouveaux usages, à repérer les difficultés et à ajuster le projet avant d’engager des travaux plus importants.

Enfin, la participation des enfants doit être réelle. Leur demander uniquement de choisir entre deux choix déjà établis sans écouter leur retour reste une forme de consultation extrêmement limitée qui ne permet pas de comprendre un besoin qui pourrait être incompréhensible pour un adulte comme un mobilier à hauteur d’enfant par exemple comme un banc car oui a Paris les banc daviou même si emblématique sont tout sauf accessible pour un enfant.

En bref, les associer véritablement au projet, c’est accepter qu’ils puissent aussi questionner les choix les plus importants.

Un sujet qui concerne finalement tout le monde

À ce stade, on comprend que la ville à hauteur d’enfants ne bénéficie pas uniquement aux plus jeunes.

Une traversée plus courte aide aussi une personne âgée.

Un trottoir continu facilite les déplacements d’une personne en fauteuil roulant ou d’un parent avec une poussette.

Un banc permet à une personne fatiguée de se reposer. Une rue calme aide un cycliste débutant à se déplacer.

Les arbres, les fontaines et les sols perméables rendent également l’espace plus agréable pendant les fortes chaleurs ce qui fait directement écho à ce que je disais dans ma précédente vidéo 

et cette approche c’est C’est le principe de la ville « 8-80 » : un espace devrait pouvoir être utilisé confortablement par un enfant de huit ans comme par une personne de quatre-vingts ans.

Les enfants deviennent ainsi un indicateur de la qualité générale de la ville.

Ils révèlent les endroits trop rapides, trop complexes, trop bruyants ou trop hostiles que les adultes ont appris à supporter.

Alors, ce métier est-il réellement inutile ?

Revenons maintenant à la vidéo Instagram du début.

À première vue, créer un poste consacré à la ville à hauteur d’enfants peut sembler excessif.

mais ces difficultés sont rarement observées dans leur ensemble.

Chaque service travaille sur un sujet différent. La voirie s’occupe de la circulation, les écoles de leurs bâtiments, les espaces verts des parcs et les transports de leurs réseaux.

Mais un enfant ne vit pas la ville service par service.

Il vit un trajet continu entre son logement, son école, ses amis, les commerces et les espaces de jeu.

Le rôle d’une personne chargée de la ville à hauteur d’enfants peut donc être précisément de relier ces sujets et de rappeler Pour que les enfants ne soient pas protégés uniquement dans quelques espaces dédiés, ils doivent pouvoir vivre et se déplacer dans toute la ville en sécurité.

La question n’est donc pas de savoir pourquoi les parents ne laissent plus leurs enfants sortir seuls, mais de comprendre pourquoi nos villes rendent de simples déplacements si compliqués.

Une ville à hauteur d’enfants n’est pas une ville réservée aux enfants. C’est une ville qui cherche à résoudre des problèmes que nous avons fini par trouver normaux. pour rendre l’espace public plus agréable et plus serein pour tout le monde.

CONFÉRENCE | Une ville à hauteur d’enfants – Clément Rivière