Bonjour tout le monde !
Il fait près de 40 °C dans les rues de Paris… et on a tout chaud.
Enfin, pas exactement.
Parce qu’en réalité, même lorsque la météo annonce une température identique pour toute la ville, ce que l’on ressent peut énormément varier d’une rue à l’autre.
Alors, j’ai voulu vérifier tout cela sur le terrain.
Je suis parti à travers Paris avec plusieurs appareils pour mesurer la température de l’air, l’humidité, la température du sol, le vent, le bruit avec un protocole complet et reproductible que vous retrouver en description pour chercher à comprendre comment l’urbanisme de la ville influence notre confort.
Et plutôt que de simplement classer les endroits du plus chaud au plus frais, je vous propose une expérience. Nous allons partir de l’un des lieux les plus hostiles que j’ai mesurés à Paris.
Puis nous allons traverser la ville pour découvrir, une par une, les solutions capables de le transformer pour en fin de cette vidéo voir a quoi pourrait ressembler notre point de départ et essayer de reconstruire cette rue, solution par solution pour la rendre plus vivable
Les différente typologie et température gagné
https://www.instagram.com/reels/DaDELrFE57E
toi urbain
https://www.instagram.com/reels/DaDf4HCETq9
design d’une rue
https://www.instagram.com/reels/DZii3gQoik4
LE POINT DE DÉPART : LE CANYON URBAIN
Notre voyage commence donc ici, au niveau de la rue Lafayette face à ce que l’on appelle un canyon urbain.
Une longue voie entourée de bâtiments, un sol très minéral, une absence de végétation et d’ ombre.
Pendant la journée, le soleil chauffe la chaussée, les trottoirs et les façades. Tous ces matériaux accumulent de l’énergie, puis la restituent progressivement.
Lors de mon passage alors qu’il était indiqué 33 j’ai mesuré ici 37,4 °C à l’ombre, avec seulement 21,6 % d’humidité et surtout un sol à 59 degrés.
Avec ces conditions, la température ressentie sans tenir compte du vent dépasse les 40 °C.
et même en soirée cette température ne diminue pas la rue continue de rayonner de la chaleur, et ne comptez pas ouvrir les fenêtres pour profiter d’un courant d’aire car la rue est constamment exposée à un bruit constant de la circulation accentué par la réverbération de mur.
C’est l’une des valeurs les plus élevées relevées durant de toute mon exploration. Même à Opéra répété la la place plus chaude de paris très minéral la température ressenti n’était pas si importante car l’espace est dégagé ca a aussi son importance
Nous avons donc notre point de départ ! Une rue chaude, sèche, minérale, bruyante et peu accueillante.
Maintenant, essayons de la réparer.
Mais pour savoir quoi ajouter, il faut d’abord comprendre ce qui ne fonctionne pas.
FAUT-IL SIMPLEMENT PEINDRE LA RUE EN BLANC ?
Face à une chaussée noire qui absorbe énormément de chaleur, la première idée paraît évidente : pourquoi ne pas tout peindre en blanc ?
Une surface claire absorbe généralement moins de rayonnement solaire qu’un revêtement sombre. La température du matériau peut donc être nettement plus faible.
et c’est un raisonnement qui se tient je suis aller prendre des mesure place vendôme et on gagne 3 degré en recenti le sol est moin chaud de 8 degré. ce xhoi
Mais ce choix a un problème: une surface trop réfléchissante peut aussi provoquer de l’éblouissement et augmenter l’exposition au rayonnement.
La chaleur qui n’est plus absorbée ne disparaît pas. Une partie du rayonnement est renvoyée vers les façades, le visage des piétons et des cyclistes.
néanmoin cette solution reste pertinence dans des zone sans humain sur une toiture, un espace inaccessible ou même sur le toit d’une voiture
La bonne solution n’est donc pas nécessairement de transformer les rues en grandes surfaces entièrement blanches et c’est pour ca que vous continuerez à voir des trottoir sombre c’est paradoxalement pour le confort des piéton qui y circule
Il faut plutôt choisir des matériaux un peu plus clairs, moins absorbants, mais sans créer un miroir sous les pieds des habitants.
Pour notre canyon urbain, nous pouvons donc remplacer une partie de l’asphalte noir par un revêtement plus clair qui emagasinera moin de chaleur
Mais cela ne suffira pas.
RAFRAÎCHIR LES SOLS AVEC DE L’EAU
Une deuxième solution consiste à arroser ponctuellement les surfaces les plus chaudes.
Quand on mouille un sol brûlant, une partie de l’eau s’évapore en absorbant de l’énergie. C’est ce que l’on appelle le refroidissement évaporatif.
Et ce phénomène est particulièrement intéressant lorsque l’air est sec, comme dans notre canyon urbain.
L’objectif n’est évidemment pas de gaspiller de l’eau potable ou de maintenir les rues constamment mouillées.
Mais pendant certains épisodes de chaleur, un arrosage ciblé, avec de l’eau non potable, peut accélérer le refroidissement des surfaces les plus exposées.
Cela pourrait notamment être réalisé en soirée, lorsque la chaussée commence à restituer toute la chaleur accumulée pendant la journée.
Les véhicules de nettoyage qui circulent déjà dans Paris pourraient cibler en priorité les rues les plus chaudes et les plus minérales.
Ce ne serait pas une solution miracle, mais un moyen de limiter la restitution de chaleur pendant la soirée et d’éviter que certaines rues restent brûlantes jusqu’au milieu de la nuit.
Nous ajoutons donc un premier outil à notre rue : un arrosage ponctuel et raisonné des surfaces.
Mais tant que l’espace reste entièrement minéral, l’effet restera limité.
Il faut maintenant introduire du vivant.
UNE PELOUSE PEUT-ELLE RAFRAÎCHIR UNE PLACE ?
Direction la gare du Nord.
Nous sommes ici face à un immense espace minéral, à proximité des voies ferrées et de surfaces qui accumulent beaucoup de chaleur. Mais un changement récent permet d’effectuer une comparaison particulièrement intéressante : un grand espace vert remplis de petit bosquet a pris sa place
Sur le parvis minéral, j’ai mesuré 39,4
Sur la pelouse, la température descend à 34,7
Cela représente une différence presque 5 °C entre deux espaces extrêmement proches tout les deux mesuré dans un espace ensoleillé.
C’est dû à deux facteurs la première, c’est l’évapotranspiration. Le sol et les végétaux libèrent de l’humidité, ce qui consomme une partie de l’énergie disponible.
La seconde apparaît surtout le soir : contrairement à une grande surface bitumée, la pelouse accumule et restitue moins de chaleur.
Mais une grande pelouse consomme de l’espace et nécessite de l’entretien.
Il existe une autre solution, parfois plus simple à intégrer : rendre le sol perméable.
DES SOLS QUI ABSORBENT L’EAU PLUTÔT QUE LA CHALEUR
Nous arrivons maintenant dans le secteur de Rosa Parks.
C’est un territoire particulièrement intéressant, car on y trouve plusieurs configurations très différentes à quelques centaines de mètres les unes des autres.
Sur deux zones pourtant exposées au même soleil, j’ai mesuré un ressenti de 35,1 °C sur un sol perméable, contre 36,5 °C sur une surface plus minérale. Et le soir, la différence devient encore plus visible : le sol perméable accumule moins de chaleur.
Il présente aussi un autre avantage : il permet à l’eau de s’infiltrer au lieu d’être immédiatement évacuée vers les égouts. C’est un enjeu important après les canicules, souvent suivies de fortes pluies qui pénètrent difficilement dans des sols devenus extrêmement secs.
Autre point intéressant : même exposé au soleil, ce type de sol reste plus supportable pour les animaux domestiques.
C’est un élément à prendre en compte lorsque vous sortez votre animal, notamment le matin, avant que le sol n’accumule trop de chaleur. Nous portons des chaussures et nous ne nous en rendons pas toujours compte, mais les chiens marchent directement sur leurs coussinets. Lorsque le sol est brûlant, quelques minutes peuvent suffire à provoquer une douleur ou une brûlure.
Une méthode simple consiste à poser la main sur le sol pendant une dizaine de secondes. Si cela devient inconfortable pour vous, cela le sera aussi pour l’animal.
Pour notre rue de départ, nous pouvons donc retirer une partie des surfaces minérales et ajouter des zones végétalisées ainsi que des sols perméables.
Notre canyon urbain gagne ainsi une nouvelle couche : moins d’asphalte et davantage de surfaces capables d’absorber temporairement l’eau.
Mais cela ne suffira pas. Notre rue reste directement exposée au soleil. Il faut maintenant créer de l’ombre.
L’OMBRE, LA SOLUTION LA PLUS IMMÉDIATE
Toujours à Rosa Parks, la différence entre la place et une zone ombragée est spectaculaire.
Sur la place, j’ai mesuré 36.57 °C.
À l’ombre, la température tombe à 32,5 °C.
Et même en prenant en compte le vent, la température ressentie passe d’environ 32,5 °C sur la place à moins de 29.5 °C dans la zone ombragée.
L’ombre possède un avantage considérable : elle agit immédiatement.
Une structure légère peut rapidement protéger un arrêt de bus, une cour d’école ou même une rue entière, comme on peut le voir à Taïwan avec de grandes toiles tendues. Ces installations sont intéressantes, car elles peuvent être posées puis retirées assez facilement, sans nécessiter de lourds travaux.
Je me demande d’ailleurs pourquoi ce type de solution n’a encore jamais été expérimenté, au moins temporairement, dans une rue parisienne.
On peut aussi créer de l’ombre grâce à l’architecture, comme sous les arcades de la rue de Rivoli. Mais toutes les ombres ne se valent pas. Rivoli reste extrêmement minérale et, malgré ses arcades, j’y ai mesuré un ressenti comparable à celui du centre de la place Rosa-Parks.
Une simple toile bloque une partie du rayonnement solaire, mais elle peut elle-même accumuler de la chaleur. Ces structures restent donc surtout une excellente solution temporaire, ou une alternative dans les endroits où il est impossible de planter.
Pour notre canyon urbain, nous pouvons désormais protéger les bancs, les arrêts de bus et les cheminements les plus fréquentés.
Mais pour créer une ombre plus durable et rafraîchir réellement la rue, il faut maintenant planter des arbres.
PLANTER DES ARBRES… ET SURTOUT CONSERVER LES ANCIENS
Direction la place de Catalogne.
Cette place a récemment été transformée avec de nombreux arbres et une vaste surface végétalisée. J’y avais d’ailleurs consacré une vidéo complète pour expliquer le projet et le choix des matériaux. N’hésitez pas à la voir ou à la revoir, et à vérifier que vous êtes bien abonnés : cela permet de soutenir ce travail, qui a été particulièrement important pour cette vidéo.
Lors de mon passage, j’ai pourtant été surpris d’y mesurer un ressenti d’environ 36,6 °C. À première vue, on pourrait donc conclure que la transformation ne fonctionne pas et que planter des arbres ne sert à rien.
Mais ce serait oublier un élément essentiel : les arbres sont encore jeunes.
À quelques mètres de là, sous des arbres plus anciens qui ont été conservés, j’ai mesuré seulement 32,7 °C, soit presque 4 °C de différence.
Un jeune arbre produit déjà un peu d’ombre, mais son feuillage est moins développé, ses racines sont plus petites et son évapotranspiration reste bien inférieure à celle d’un arbre adulte.
Il faut donc planter aujourd’hui pour obtenir de vrais résultats dans quelques années. Mais il faut surtout conserver les arbres matures déjà présents. Remplacer un grand arbre par plusieurs jeunes plantations ne permet pas de retrouver immédiatement les mêmes bénéfices.
Durant cette exploration, j’ai d’ailleurs observé plusieurs jeunes arbres en difficulté face à la chaleur.
Pour notre canyon urbain, nous ajoutons donc des arbres partout où cela est possible. Ici, il faut toutefois composer avec une ligne de métro située à quelques mètres sous le sol. Il faudra donc prévoir des fosses continues, suffisamment de terre et un accès durable à l’eau.
Nous conservons également tous les arbres adultes, nous valorisons l’espace autour d’eux et, lorsque c’est possible, nous réaménageons les rues voisines.
Notre rue commence enfin à changer.
Mais toute la surface disponible ne se trouve pas au sol.
UTILISER LES TOITS
Nous somme ici sur les toit de la gare Montparnasse, au niveau du Jardin Atlantique
Au niveau de la rue, j’ai mesuré 37,3 °C.
Sur le toit végétalisé de la gare, la température descend à 34,4 °C.
Nous gagnons donc presque 3 °C.
Et dans une ville dense comme Paris, ou il est parfois difficile de trouver de la place au sol.
Les toitures représentent pourtant des hectares de surfaces disponibles.
Les végétaliser peut limiter l’échauffement des bâtiments, retenir une partie de l’eau de pluie, créer des habitats pour la biodiversité et rendre certains espaces accessibles aux habitants.
Toutes les toitures ne peuvent pas accueillir une forêt ou un jardin public. Il faut tenir compte de la structure, de la charge, de l’accès et de l’entretien.
Mais même une toiture végétalisée plus légère telle que de la mousse peut éviter qu’une grande membrane sombre atteigne des températures extrêmes.
Dans notre canyon urbain, les toits des bâtiments peuvent donc devenir une nouvelle couche de protection, on peut d’ailleur en voir certain qui en dispose certain !
Nous avons transformé le sol, mais aussi le sommet de la rue.
Il reste maintenant les façades.
LES MURS VÉGÉTALISÉS
Nous voici devant l’un des plus grands murs végétalisés de Paris. Il existe des installations bien plus complexes, mais celle-ci a particulièrement retenu mon attention.
J’y ai relevé 33,7 °C, avec un ressenti qui descend à environ 30,8 °C lorsque l’on prend en compte le vent.
Une façade minérale exposée au soleil absorbe de l’énergie, chauffe, puis continue à restituer cette chaleur pendant plusieurs heures. La pierre parisienne n’est pas fraîche par magie. Sa couleur claire et l’épaisseur des murs peuvent limiter la transmission de chaleur vers l’intérieur, mais elle en accumule malgré tout.
Installer de la végétation devant une façade permet de créer de l’ombre, de limiter l’échauffement du mur et de rafraîchir légèrement l’air grâce à l’évapotranspiration.
Mais ce qui rend ce mur particulièrement intéressant, c’est sa simplicité : il s’agit essentiellement de lierre, une plante grimpante directement enracinée dans le sol. Plantée en 2008, elle a progressivement recouvert toute la façade. Son principal entretien consiste simplement à la tailler pour éviter qu’elle ne s’étende aux fenêtres ou aux façades voisines.
C’est très différent des murs végétaux composés de bacs, de pompes et de systèmes d’irrigation complexes. Ces installations demandent davantage d’eau, de ressources et d’entretien. Et dès que le système cesse de fonctionner, la végétation peut dépérir très rapidement.
L’objectif n’est donc pas de transformer toutes les façades en installations technologiques. Il s’agit plutôt d’utiliser, chaque fois que c’est possible, des plantes grimpantes sur les façades aveugles ou à l’intérieur des cours.
Et à Paris, ces murs sont extrêmement nombreux. Autant de surfaces aujourd’hui minérales qui pourraient accueillir de la végétation. Maintenant que vous le savez, vous ne les regarderez probablement plus de la même manière.
Notre canyon urbain possède désormais des sols perméables, des arbres, des toitures et des façades végétalisées.
Mais cela ne suffit toujours pas. Il manque encore un élément fondamental : une eau visible et accessible.
LES FONTAINES ET LES PLANS D’EAU
Direction la fontaine de la place d’Italie.
Lors de mon passage, j’ai mesuré 38 °C à l’ombre autour de la place. Une valeur qui montre qu’une fontaine ne suffit pas, à elle seule, à rafraîchir tout un espace.
Son effet reste très local. Son intérêt dépend donc surtout de la possibilité, pour les habitants, de s’en approcher et d’en profiter.
Or, à Paris, de nombreuses fontaines sont isolées au milieu de la circulation ou derrière des barrières. Elles sont visibles, mais elles ne deviennent pas forcément de véritables refuges de fraîcheur.
Pour être réellement utile, une fontaine devrait être accessible, entourée de bancs et, idéalement, associée à de l’ombre et à de la végétation.
On peut aussi créer de véritables plans d’eau. Au parc Aretha-Franklin, où j’avais déjà consacré une vidéo, j’ai relevé 34,4 °C. Le parc reste encore très exposé au soleil, mais à proximité du canal, dans les zones ouvertes, la température descend à 34,2 °C.
Un plan d’eau n’est cependant pas un climatiseur géant. Son effet reste principalement local et dépend beaucoup du vent, de l’humidité et de la météo.
Mais il apporte aussi d’autres bénéfices : de la biodiversité, de l’infiltration, des usages de loisir et surtout un lieu agréable où les habitants peuvent se retrouver.
Pour notre canyon urbain, installer un lac au milieu de la chaussée serait évidemment compliqué. Mais une autre solution, beaucoup plus simple à intégrer, pourrait être intéressante.
LE BRUMISATEUR : UN EFFET TRÈS LOCAL, MAIS IMMÉDIAT
Retour à Rosa Parks, devant un brumisateur.
Ici, j’ai mesuré 33,7 °C, contre 35 °C sur la place.
Mais l’intérêt principal du brumisateur ne se trouve pas uniquement dans la température de l’air.
Le refroidissement devient surtout efficace lorsque les fines gouttelettes s’évaporent ou humidifient légèrement la peau et les vêtements.
Dans un air chaud et sec, cette évaporation absorbe une partie de la chaleur corporelle.
L’effet est très local : à quelques mètres, il peut presque disparaître.
Le brumisateur ne remplacera donc jamais des arbres ou une transformation profonde de l’espace.
Mais pendant un épisode de forte chaleur, il peut créer un point de soulagement immédiat, notamment pour les enfants, les personnes âgées ou les personnes particulièrement vulnérables.
Ces installations doivent être accompagnées de points d’eau potable accessibles aux enfants, aux personnes en fauteuil roulant et aux personnes ayant des difficultés à utiliser un robinet classique on peut d’ailleur voir ses nouvelle colonne apparaître un peu partout dans Paris
Dans notre canyon urbain, nous ajoutons donc quelques points de rafraîchissement ciblés.
Pas partout, mais aux endroits où les habitants attendent, marchent ou se reposent.
LE VENT, LE RAFRAÎCHISSEMENT INVISIBLE
Il reste maintenant un facteur que vous avez peut-être remarqué dans mes mesures : le vent.
Il ne fait pas forcément baisser la température de l’air, mais il aide notre corps à évacuer la chaleur. En circulant sur la peau, il améliore les échanges thermiques et accélère l’évaporation de la transpiration.
Deux rues peuvent donc afficher exactement la même température, tout en procurant des sensations très différentes.
L’exemple le plus spectaculaire de cette exploration se trouve à Montparnasse. Sur un premier point, j’ai mesuré 37,3 °C. Sans le vent, le ressenti approchait 39,9 °C, mais grâce à une circulation d’air importante, il descendait à environ 34,2 °C.
Quelques rues plus loin, avec une température de 35,7 °C, le ressenti tombait même à 32,6 °C.
Cette différence s’explique notamment par la tour Montparnasse. Le vent vient buter contre le bâtiment, puis il est contraint de le contourner en passant dans des espaces plus étroits. C’est ce que l’on appelle l’effet Venturi : lorsque l’air est comprimé dans un passage resserré, sa vitesse augmente.
L’idée n’est évidemment pas de construire des tours partout, mais plutôt d’éviter de fermer complètement la ville et de permettre à l’air de circuler.
Un parc entièrement encerclé de bâtiments peut rester relativement frais en son centre, sans que cette fraîcheur atteigne les rues voisines.
Le jardin Truillot, dans le 11ᵉ arrondissement, montre une autre approche. Cet ancien îlot occupé par des ateliers, des garages et des bâtiments commerciaux a été transformé en un parc ouvert de 5 600 m², créant une véritable respiration végétale au cœur d’un quartier très dense.
Ce type de projet demande des années, mais il montre qu’il est encore possible de remplacer certains projets immobiliers par des espaces ouverts qui améliorent durablement la vie des habitants.
Dans notre canyon urbain, il faut donc préserver des ouvertures pour laisser passer l’air. Certaines rues peuvent devenir des parcs, tandis que les nouvelles constructions doivent tenir compte des vents dominants, des brises locales et éviter de former des barrières continues.
Cette solution est presque invisible. Pourtant, dans mes mesures, c’est parfois elle qui modifie le plus fortement la température ressentie.
IL N’EXISTE PAS DE CLIMATISEUR POUR TOUTE UNE VILLE
Voilà l’ensemble des mesures que nous pouvons appliquer pour améliorer notre canyon urbain : moins d’asphalte, des sols perméables, de l’ombre, des arbres, des façades végétalisées, de l’eau accessible et une meilleure circulation de l’air.
En préparant cette vidéo, je pensais trouver une solution spectaculaire capable de faire chuter brutalement la température. Mais la réalité est plus complexe : aucune mesure ne suffit à elle seule.
Les espaces les plus agréables combinent plusieurs solutions. Ensemble, elles peuvent réduire la température de l’air de quelques degrés, faire chuter fortement celle des surfaces et diminuer le ressenti de 5 à 10 °C dans les zones les mieux aménagées.
La ville fraîche ne repose donc pas sur un objet miracle, mais sur un système.
Il faut aussi préserver ce qui existe déjà. Un arbre adulte ne peut pas être remplacé immédiatement par quelques jeunes plantations. Adapter la ville implique donc de faire des choix : retirer de la place à l’asphalte, au stationnement et à la circulation pour la rendre à la terre, à l’eau et aux arbres.
Mais l’adaptation ne suffira pas si les canicules deviennent toujours plus fréquentes et intenses. Il faut agir sur les deux fronts : transformer nos villes pour supporter les chaleurs désormais inévitables, tout en réduisant nos émissions pour éviter que la situation ne devienne incontrôlable.
La ville de demain ne sera pas fraîche grâce à une invention miracle. Elle le sera si nous acceptons de faire de la place aux arbres, à l’eau et au vent, et beaucoup moins à tout ce qui transforme aujourd’hui nos rues en immenses radiateurs.
Et puisque l’on parle de radiateurs, certains penseront peut-être à la climatisation. Ils apportent un soulagement immédiat, mais reste une réponse individuelle, inaccessible à une partie de la population, qui rejette en plus de la chaleur dans la rue.
Pendant les canicules, les personnes les plus précaires sont souvent les plus exposées : logements mal isolés, rues minérales et bruyantes, travail en extérieur, voire nuits passées dans les parcs pour chercher un peu de fraîcheur.
Pendant ce temps, les plus aisés peuvent passer d’un logement climatisé à une voiture climatisée, puis à un bureau climatisé. Pour eux, la canicule devient presque invisible.
Adapter la ville n’est donc pas seulement une question de température. C’est aussi permettre à chacun d’y vivre dignement et corriger une profonde inégalité sociale.
Merci à toutes celles et ceux qui ont regardé jusqu’au bout. Courage à ceux qui subissent déjà ces chaleurs de plein fouet. Les solutions existent. Ce qui manque encore, c’est surtout la volonté de les mettre en place.
Règles de prise de mesure
Toutes les mesures sont réalisées à 1,40 mètre du sol. À chaque point, les appareils sont laissés en place pendant deux minutes avant que les valeurs soient relevées.
Pendant toute la durée de la mesure, les appareils sont protégés de l’exposition directe au soleil à l’aide d’un parasol.
Pour le bruit, la valeur maximale n’est retenue que si elle reste stable pendant plusieurs secondes. Les pics très courts et isolés ne sont pas pris en compte. La même règle est appliquée pour la vitesse maximale du vent.
La température du sol est mesurée dès l’arrivée sur le lieu, avant que les appareils ou le parasol ne puissent modifier les conditions de la surface.
Les relevés sont effectués à plus de 1,50 mètre de tout bâtiment ou de toute façade, sauf lorsque le point de mesure a précisément pour objectif d’évaluer une zone située à l’ombre.
Indice expérimental inspiré de la température apparente de Steadman. Une correction de 10 % de l’écart entre la température du sol et celle de l’air est ajoutée afin de comparer l’influence des surfaces urbaines. Ce coefficient est une convention propre à cette étude et non une valeur issue d’un modèle scientifique validé.
La température de l’air constitue la valeur de départ du calcul.
B2 : température de l’air
C2 : humidité de l’air
0,33*((C2/100)*6,105*EXP((17,27*B2)/(237,7+B2)))
Plus l’air est humide, plus la transpiration s’évapore difficilement. Le corps se refroidit moins efficacement et la température ressentie augmente.
Effet du vent
Le vent facilite l’évacuation de la chaleur et diminue donc la température ressentie.
-0,7*(vitesse du vent/3,6)
F2 : température du sol
+0,1*(F2-B2)
Elle ajoute 10 % de la différence entre la température du sol et celle de l’air. Le sol ajoute donc 2 °C au ressenti estimé.
formule complète : =B2+0,33*((C2/100)*6,105*EXP((17,27*B2)/(237,7+B2)))-0,7*(0/3,6)-4+0,1*(F2-B2)
| Lieux | température | Humidité | Bruit | Vent | Température au sol | Ressenti sans vent | Ressenti avec vent |
| Vendôme | 35,1 | 24,3 | 70 | 14,6 | 51 | 37,21 | 34,37 |
| Tunnel de l’Étoile | 30,2 | 32 | 50 | 0 | 28,3 | 30,53 | 30,53 |
| Tour Eiffel — forêt | 34,5 | 25,9 | 45 | 3 | 32,4 | 34,95 | 34,36 |
| Tour Eiffel | 36,6 | 23 | 45 | 3 | 42 | 37,78 | 37,20 |
| Rue réaménagée | 34 | 26,1 | 30 | 6,4 | 32 | 34,36 | 33,12 |
| Rue non réaménagée | 35,8 | 24,1 | 50 | 12 | 34 | 36,28 | 33,94 |
| Rosa Parks — place | 35 | 21,5 | 60 | 21 | 51 | 36,57 | 32,49 |
| Rosa Parks — ombre | 32 | 29,5 | 50 | 15 | 30,9 | 32,50 | 29,59 |
| Rosa Parks — logements | 33,3 | 27,6 | 45 | 7,5 | 45 | 35,11 | 33,65 |
| Rosa Parks — brumisateur | 33,7 | 25,6 | 65 | 11 | 35 | 34,23 | 32,09 |
| Rivoli | 36,1 | 24 | 60 | 0 | 34 | 36,60 | 36,60 |
| Passage Montparnasse | 35 | 25,5 | 51 | 18 | 47 | 36,91 | 33,41 |
| Parc ouvert | 35,9 | 24,4 | 40 | 10 | 33 | 36,35 | 34,40 |
| Parc Franklin | 34,4 | 27,4 | 40 | 9,5 | 40 | 35,86 | 34,01 |
| Opéra | 37,3 | 21,5 | 70 | 15 | 58,8 | 39,96 | 37,04 |
| Mur végétalisé | 33,7 | 27 | 48 | 15 | 27,2 | 33,69 | 30,78 |
| Montparnasse — effet Venturi | 35,7 | 23,4 | 50 | 29 | 55,7 | 38,20 | 32,56 |
| Montparnasse | 37,3 | 22,5 | 65 | 30 | 55,7 | 39,86 | 34,02 |
| Lafayette — canyon urbain | 37,4 | 21,6 | 67 | 7 | 59,2 | 40,13 | 38,77 |
| Gare Montparnasse — toit | 34,4 | 26,9 | 40 | 7,8 | 32 | 34,97 | 33,45 |
| Gare du Nord — pelouse | 34,1 | 25,5 | 50 | 8 | 36 | 34,77 | 33,22 |
| Gare du Nord | 36,8 | 23,2 | 60 | 23 | 55,5 | 39,40 | 34,93 |
| Fontaine d’Italie | 38 | 23,3 | 55 | 10 | 45,3 | 39,80 | 37,86 |
| Étoile | 35,3 | 23 | 65 | 22 | 51 | 37,19 | 32,91 |
| Catalogne | 36 | 24,6 | 41 | 6,8 | 34 | 36,60 | 35,28 |
| Canal — stationnement | 34,5 | 25,8 | 40 | 12 | 33 | 34,99 | 32,66 |
| Canal | 34,2 | 25,8 | 40 | 12 | 40 | 35,34 | 33,01 |
| Buttes-Chaumont | 34 | 27,2 | 40 | 8 | 32 | 34,56 | 33,00 |
| Arbres — Catalogne / vieux | 32,9 | 28 | 50 | 1 | 25,8 | 32,80 | 32,60 |