Bonjour tout le monde, bienvenue au Millénaire.
Un centre commercial situé au nord de Paris, à Aubervilliers, juste de l’autre côté du périphérique. Un centre commercial assez particulier, parce que quand on arrive ici, on peut avoir une impression étrange : de grands volumes, de larges allées, une architecture ambitieuse… mais aussi une sensation de vide, et même aujoudit la motidier du centre complétement fermer;
Et ce centre commercial, ça fait des années que je suis son évolution de près. Pas seulement pour ses boutiques, mais surtout pour tout ce qui a été mis en œuvre autour de lui pour essayer d’y attirer du monde.
Parce que Le Millénaire, pour moi ce n’est pas juste centre commercial. C’est un cas d’école. Un lieu où l’on a essayé, année après année, de résoudre une question simple :
Et à travers cet exemple, on tient peut-être une piste pour comprendre quelque chose de plus large : pourquoi certains centres commerciaux, mais aussi certains centres-villes, se vident peu à peu… pendant que d’autres continuent d’attirer du monde.
Est-ce seulement une question de transports, de parkings, de boutiques ou de pouvoir d’achat ? Ou est-ce qu’il y a autre chose, quelque chose de plus profond, qui fait qu’un lieu donne envie d’être traversé… ou au contraire donne envie d’y rester ?
C’est ce qu’on va essayer de comprendre aujourd’hui.
Et c’est là que commence notre visite.
Le centre commercial pensé d’abord pour la voiture
Quand Le Millénaire ouvre, il s’inscrit dans une logique assez classique du centre commercial : Il faut pouvoir venir en voiture, se garer, consommer, puis repartir facilement.
La présence d’un parking est donc essentielle. C’est carrément le socle du modèle. On a même repensé la route pour faciliter son accès : la voiture est au centre du projet.
Le centre commercial est positionné de façon stratégique, juste à proximité d’une sortie du périphérique, porte d’Aubervilliers. Facile d’y accéder, facile d’en repartir. On imagine alors faire un arrêt ici après le travail avant de repartir en banlieue, mais aussi des habitants des communes voisines venir facilement, grâce à un réseau routier important tout autour.
Alors oui, en voiture, c’est pratique.
Sauf que pour y accéder autrement, c’est une autre histoire. Car même si Le Millénaire est proche de Paris, il est aussi séparé de la capitale par une grande coupure urbaine : le périphérique d’une part, les emprises logistiques, le canal, les zones d’activités d’autre part.
Sur une carte, la distance paraît faible. Mais à pied ou à vélo, au début, elle est tout simplement infranchissable, faute de liaison directe et confortable.
Et c’est ce paradoxe qui va accompagner toute l’histoire du centre : il ne suffit pas d’être proche de Paris pour être réellement accessible depuis Paris.
La navette fluviale, ou comment transformer une contrainte en argument
Très vite, une première réponse originale est mise en place : une navette fluviale.
L’idée est brillante : puisque le centre est situé au bord du canal Saint-Denis, autant utiliser le canal non pas comme une frontière, mais comme un accès.
On installe alors une liaison en bateau entre Paris, à côté de la station de métro Corentin-Cariou, et Le Millénaire. Et là, on n’est plus simplement dans la mobilité pratique. On offre aussi une véritable expérience au visiteur, d’autant plus que cette navette est gratuite.
Et il faut l’avouer : arriver dans un centre commercial en bateau, ce n’est pas banal. C’est presque un petit événement en soi. On quitte le métro, on descend vers le canal, et ça sonne comme une rupture dans la journée. On embarque, on traverse un paysage industriel et urbain, puis on arrive directement au centre.
C’est une manière de dire : venir ici, ce n’est pas juste se déplacer, c’est déjà commencer une visite.
Et ce point est important pour la suite. Car dès le départ, Le Millénaire ne cherche pas seulement à être accessible. Il cherche à rendre son accès désirable.
le tram T3b, le premier grand maillage avec Paris
En 2012, une autre étape importante arrive avec l’ouverture du tramway T3b entre Porte de Vincennes et Porte de la Chapelle.
La station Porte d’Aubervilliers place le secteur dans une nouvelle logique. Le nord-est parisien n’est plus seulement desservi par des lignes radiales, qui vont du centre vers la périphérie. Il commence aussi à être relié par une rocade, qui permet de se déplacer de porte en porte.
Pour Le Millénaire par contre, cette liaison n’est pas encore possible à pied parce qu’entre la station et le centre commercial le chemin réel est inconfortable, peu lisible, peu agréable et peu sécurisé, alors beaucoup de visiteurs ne feront pas l’effort.
Rosa-Parks et la passerelle au-dessus du périphérique
En 2015, l’ouverture de la gare Rosa-Parks sur le RER E vient renforcer encore l’accessibilité du secteur.
C’est un tournant, parce que Rosa-Parks connecte ce morceau du nord-est parisien à un réseau beaucoup plus large. Depuis la gare, on rejoint rapidement Magenta, Saint-Lazare, Pantin, et plus largement l’est francilien.
Mais là encore, il ne suffit pas d’avoir une gare. Il faut relier la gare au territoire.
C’est dans ce contexte que la passerelle piétonne au-dessus du périphérique prend tout son sens. Elle permet de franchir une barrière urbaine majeure elle vient renforcer la précédente passerelle qui existait le long du canal mais avec cette fois un accès plus a l’est
Et avec une passerelle, on ne fait donc pas seulement un aménagement piéton. On envoie un message : ce secteur n’est plus un arrière-plan, il devient une destination accessible.
On peut venir à pied. On peut traverser. On peut relier.
Petit à petit, Le Millénaire cesse d’être seulement un centre commercial au bord du périphérique. Il devient un élément d’un quartier en transformation.
Le vélo : du bricolage à la continuité réelle
Ensuite, il y a le vélo.
Au départ, comme souvent, les aménagements cyclables arrivent par morceaux. Un bout ici, un bout là. Une piste, une bande, un passage, une traversée plus ou moins confortable.
On peut avoir un itinéraire théoriquement possible, mais avec des ruptures qui découragent : un rond-point compliqué, un carrefour mal pensé, une traversée désagréable, un endroit où l’on ne sait plus exactement où passer.
Et c’est là qu’il faut bien comprendre une chose : pour un cycliste, l’accessibilité ne se mesure pas seulement en kilomètres. Elle se mesure en continuité.
Un itinéraire de 1 km avec une rupture dangereuse peut être beaucoup moins attractif qu’un itinéraire de 3 km mais lisible, protégé et confortable.
En 2017, avec l’amélioration du passage le long du canal de l’Ourcq et des itinéraires accessibles à vélo, on commence à mieux connecter ce secteur au réseau cyclable parisien.
En 2019, l’aménagement sécurisé du rond-point marque une autre étape. Parce que les ronds-points sont souvent des lieux de stress pour les cyclistes : flux rapides, angles morts, trajectoires difficiles à lire.
Puis en 2022, on commence enfin à voir apparaître une vraie continuité cyclable jusqu’au centre, notamment à travers la Porte d’Aubervilliers.
Et là, on change de logique.
On ne se contente plus de dire : “Il est possible de venir à vélo.” On commence à pouvoir dire : “Il est normal de venir à vélo.”
2024 : la nouvelle passerelle sur le canal de l’Ourcq
En 2024, une nouvelle passerelle permet de traverser le canal de l’Ourcq d’est en ouest.
Et ce type d’aménagement peut paraître secondaire. Après tout, ce n’est qu’une passerelle. Mais en ville, une passerelle peut complètement changer la manière dont on perçoit un lieu.
Elle crée un raccourci. Elle ouvre une perspective. Elle rend possible un itinéraire qui, auparavant, demandait un détour. Ici, elle fait tomber le dernier obstacle qui restait autour de ce centre.
Petit problème néanmoins : l’accès à celui-ci n’est pas possible depuis l’est. Il faut donc encore faire le tour pour pouvoir y accéder. Même s’il existe une passerelle à cet endroit, son intérêt reste finalement très limité.
Demain : le prolongement du T8
Et demain, une nouvelle étape est attendue avec le prolongement du tram T8 vers Aubervilliers, Porte d’Aubervilliers et Rosa-Parks.
Ce projet doit créer une liaison supplémentaire entre Saint-Denis, Aubervilliers et Paris, avec de nouvelles stations et une meilleure interconnexion avec le RER E, le T3b et les bus.
Pour Le Millénaire, c’est potentiellement un nouveau changement d’échelle.
Parce qu’avec le T8, le centre ne serait plus seulement accessible depuis Paris ou depuis les quartiers immédiats. Il pourrait être mieux intégré à un corridor plus large du nord francilien.
Le plot twist : le problème n’est peut-être pas seulement la mobilité
Et depuis le début, vous vous demandez peut-être si ces changements ont apporté plus de visiteurs au Millénaire… Eh bien, malheureusement, non. Plus les années passent, plus ce centre se vide, car depuis le début, une question a été oubliée :
Pourquoi viendrait-on ici ?
Et c’est là le cœur du sujet.
Pendant longtemps, le centre commercial reposait sur une promesse simple : rassembler des boutiques dans un même lieu. On venait acheter des vêtements, faire des courses, regarder des vitrines, manger un morceau, puis repartir.
Mais aujourd’hui, cette promesse est beaucoup plus fragile. Acheter, on peut le faire en ligne. Manger, on peut le faire près de chez soi, ou se faire livrer. Faire du shopping, on peut le faire dans des lieux plus centraux, plus grands, plus iconiques, ou tout simplement plus pratiques là aussi, en quelques clics.
Donc, si un centre commercial veut attirer des visiteurs, il ne peut plus seulement dire : “Venez consommer, on a tout fait pour que vous puissiez venir.”
Il doit dire : “Venez vivre quelque chose ici.”
Le parallèle avec Vill’Up devenu Boom Boom Villette
Et c’est là que j’ai eu un déclic.
À à peine un kilomètre d’ici, à vol d’oiseau, il y a un autre centre commercial. Il s’appelle Vill’Up. Il avait ouvert en 2016 avec une ambition forte : créer un lieu mêlant commerce, loisirs et restauration. Un centre commercial nouvelle génération, dans un quartier déjà associé à la culture, aux sciences, aux concerts et aux sorties.
Mais malgré cette promesse, le modèle ne fonctionne pas comme prévu.
Et en 2024, le lieu renaît sous une autre forme : Boom Boom Villette.
La logique change. Ils gardent ce qui attire vraiment : la restauration, les bars, les loisirs. Et ils ajoutent un troisième pilier: l’événementiel.
Des DJ sets, des afterworks, des animations, des événements gratuits, des espaces privatisables, des conférences, des séminaires, des team-buildings.
Autrement dit, le lieu ne se contente plus d’attendre que les gens viennent acheter. Il crée des raisons de venir et on ne propose plus des objets on propose de l’expérience.
Et c’est exactement la différence entre un centre commercial classique et un lieu de destination.
On peut d’ailleur voir la différence dans sa nouvelle organisation avant comme au miliaire c’était des couloirs bordé de commerce et presque rien dans les allées.
Maintenet couloir a été remplacé par un labyrinthe de tables. Les commerces sur les bords se sont ouverts sur l’espace central, et le lieu paraît beaucoup plus vivant.
Le lieu n’est plus pensé pour être traversé, il est pensé pour y prendre le temps, de s’y perdre un peu, d’y construire une vraie sortie : une rencontre, un événement, une activité, une expérience.
Le centre commercial ne doit plus seulement vendre, il doit faire venir
Finalement, toute l’histoire du Millénaire pose une question beaucoup plus large que celle d’un simple centre commercial à Aubervilliers.
Elle pose la question de l’avenir des centres commerciaux, mais aussi, peut-être, de certains centres-villes. Parce que ce qui arrive au Millénaire pourrait très bien arriver ailleurs : des lieux conçus uniquement autour de la consommation, où l’on vient acheter quelque chose, manger rapidement, puis repartir.
Pendant longtemps, on a pensé qu’il suffisait d’avoir des enseignes, un parking, quelques restaurants et une bonne desserte. Mais aujourd’hui, ça ne suffit plus.
Venir consommer et repartir, c’est un modèle qui s’essouffle. Parce que consommer, au fond, on peut le faire autrement. On peut commander en ligne, aller ailleurs, ou tout simplement ne pas avoir envie de se déplacer uniquement pour acheter.
Et c’est là que le Millénaire montre aussi ses limites. Il y a pourtant un cadre presque idyllique : un bel espace vert, de beaux espaces extérieurs le long du canal, une promenade possible. Sur le papier, tout est là.
Mais dans les faits, est-ce qu’on peut vraiment en profiter ?
Même cet espace n’est pas pleinement accessible. Une grille bloque l’accès et ne donne pas envie de venir s’y installer, de s’y promener ou simplement de profiter du lieu.
À l’intérieur non plus, rien n’est vraiment fait pour créer des espaces publics où rester, travailler, discuter ou passer du temps.
Or, c’est peut-être ça, l’enjeu aujourd’hui : transformer ces espaces en vrais lieux de convivialité. Pas seulement des lieux où l’on traverse des couloirs pour acheter, mais des endroits où l’on peut venir autrement que pour consommer.
Des espaces où l’on pourrait s’asseoir, travailler en coworking, lire, déjeuner, retrouver des amis, se poser au soleil, ou simplement passer un moment agréable.
Venir pour une activité.
Pour une ambiance.
Pour un événement.
Pour retrouver des amis.
Pour occuper un après-midi.
Pour travailler autrement.
Et en ce sens, il est urgent de repenser ces lieux non plus comme de simples espaces privatifs tournés vers la consommation, mais comme de véritables espaces publics, où l’humain passe avant les seuls besoins matériels.
Car l’avenir du centre commercial ne se jouera peut-être pas uniquement dans sa capacité à faire venir des clients, mais dans sa capacité à devenir un lieu de vie : un endroit où l’on peut se retrouver, se déplacer, flâner, attendre, traverser, respirer… bref, ne pas venir seulement pour dépenser.
Toute cette vidéo semblait parler de mobilité : bateaux, tramways, passerelles, pistes cyclables, gares, futurs prolongements.
Et si j’ai pris le temps de développer toute cette question de mobilité bateaux, tramways, passerelles, pistes cyclables, gares, futurs prolongements de tram ce n’est pas un hasard c’est parce qu’aujourd’hui, la mort des commerces ne s’explique plus seulement par un changement d’accès, la suppression de parkings ou l’arrivée d’aménagements cyclables.
Elle s’explique surtout par une question beaucoup plus simple : est-ce que le lieu donne envie de rester ?
C’est là tout l’enjeu : rendre nos villes plus agréables, plus vivantes, plus humaines. Des lieux où l’on ne vient pas seulement pour consommer, mais où l’on prend plaisir à passer du temps, à se balader, à se retrouver… et finalement, à faire vivre les commerces autour.
Merci d’avoir regardé cette vidéo.
Avant de terminer, si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet, je vous renvoie vers la vidéo de Vinceeh, qui m’a inspiré et donné envie de vous partager ma propre vision de ces centres commerciaux.
PARLER DES 3 PILIER
plus 4 PILIER
VISITE VILUP
Quand le centre commercial Vill’Up fait place à Boom Boom Villette
PARLER DE LA TRANSIITION
Visite guidée de Vill’Up
Vill’Up Shopping Mall Paris la Villette, France
Walk Tour Inside Vill’Up Commercial Center in Paris
Nous testons iFly, la chute libre indoor à Vill’Up (Paris)
On a testé pour vous iFLY à Vill’Up
Ifly : démo de la chute libre ! Vill’up / La Villette
Les sensations fortes d’Ifly à Vill’up
IFly : vous fait voler dans un centre commercial