Le radar « fou » du périphérique : ce que les images racontent vraiment

Bonjour tout le monde ! Je vous présente un radar qui a réussi à devenir une célébrité. Nous sommes porte de Montreuil, sur le périphérique extérieur parisien. Et depuis quelques jours, on parle de piège, de machine à cash, de centaines de milliers d’euros par jour que se fait l’état sur le dos des automobilistes.

Quand on regarde les flashs s’enchaîner, c’est spectaculaire. Mais pour comprendre ce qui se passe ici, il faut aussi regarder ce qui se trouve avant Et après ce radar

Je suis donc allé documenter les lieux pour comprendre la signalisation et pourquoi cette limitation à 30 ici est bien justifiée 

Et vous verrez qu’une autre chose mérite notre attention : la façon dont on raconte le ce non-respect du Code de la route selon les usagers qui comète se infractions

Revenir aux lieux — Où commence le « piège » ?

Ce radar a été installé le 24 août dans une zone de travaux limitée temporairement à 30 km/h, contre 50 sur le reste du périphérique. C’est ce changement qui a surpris certains automobilistes.

Mais être surpris par une limitation ne signifie pas qu’elle n’était pas annoncée. Pour le vérifier, regardons ce qu’un conducteur rencontre en arrivant ici.

À l’approche du chantier, plusieurs panneaux indiquent le 30, de part et d’autre de la chaussée. Un affichage au centre rappelle même « Attention, 30 ». Avant cela, des panneaux de travaux et un marquage temporaire annoncent déjà une modification des conditions de circulation.

La présence du radar est elle aussi signalée, à proximité des rappels de vitesse. L’information est donc répétée à plusieurs reprises sur cette approche.

Bien sûr, mes images montrent la situation au moment de mon passage. Elles ne permettent pas de garantir que chaque panneau était présent depuis le début des travaux. Pour remonter un peu dans le temps, on peut consulter les vues de Google Street View datées de juin 2026, avant l’installation du radar : on y retrouve déjà une signalisation du chantier et la limitation à 30 km/h.

Et ça permet de confronter ce sentiment de piège à des éléments concrets : un parcours, des panneaux et des dates. Et sur l’approche que l’on vient de regarder, la limitation et le radar n’arrive pas sans prévenir ils sont clairement annoncé !

Quant au GPS s’il affichait encore 50, cela peut expliquer une confusion. Mais une application peut ne pas être à jour, et à l’approche de travaux il faut être particulièrement prenant et faire attention à la signalisation. 

 Source : RTL.

3. Pourquoi ralentir ici ?

Maintenant qu’on a regardé la signalisation, reste à comprendre pourquoi la vitesse est limitée à 30 km/h à cet endroit précis.

Dans les commentaires et les reportages, on évoque souvent la protection des personnes qui travaillent sur le chantier. Avec une réaction qui revient : « Je ne vois personne travailler, donc pourquoi ralentir ? »

Mais un point est rarement souligné : d’après mes observations sur place, le ralentissement vise surtout à protéger les usagers qui circulent ici, au-delà des personnes qui y travaillent. Car le chantier modifie directement leurs conditions de circulation. 

Les quatre files de circulation sont conservées mais dans un espace nettement plus étroit. D’après mes estimations sur place, la largeur disponible passe de plus de 14 mètres à environ 11 mètres. Cela représente une largeur moyenne par voie qui passe d’environ 3,50 mètres à seulement 2,75 mètres.

Les marges latérales entre les véhicules deviennent très faibles, notamment pour les poids lourds. Sur mes images, certains véhicules se décalent ou circulent à cheval sur les lignes. D’autres se placent en décalé pour éviter de rester côte à côte dans ce passage resserré.

et à l’entrée du chantier, chacun cherche donc à retrouver de l’espace pour éviter de rouler côte à côte faute de place ce qui provoque naturellement des ralentissements au-delà même de la limitation de vitesse. et donc réduire la vitesse en amont permet d’aborder cette transition plus prudemment, de disposer de davantage de temps pour réagir et de limiter la violence d’un éventuel choc d’anticipation.

c’est aussi ce qui est appelé avec le panneau qui interdit l’interfile ici la largeur le ne permet simplement pas ! 

Et même lorsqu’aucun ouvrier n’est visible, les voies restent étroites. La contrainte ne disparaît pas à la fin de leur journée de travail. C’est aussi sous cet angle qu’il faut comprendre la limitation.

Enfin il faut aussi regarder où se termine réellement cette configuration. Au niveau du radar, les voies sont encore resserrées. Il faut continuer plus loin pour retrouver davantage de largeur et les panneaux indiquant la fin de la restriction.

En ce sens, présenter le radar comme installé après le chantier est trompeur : au point où il contrôle la vitesse, les usagers circulent encore dans la zone rétrécie.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul radar à flasher à l’arrière de ce type : un dispositif similaire se trouve également juste après La Défense.

Enfin, réduire le nombre de voies, comme certains le suggèrent, aurait créé d’autres difficultés. Passer le périphérique de quatre à trois files ne provoquerait pas simplement un ralentissement, mais une congestion importante, en réduisant sa capacité de 25 %.

https://www.google.com/maps/@48.8834082,2.2644653,3a,75y,250.71h,78.61t/data=!3m7!1e1!3m5!1sF_ZbkWEr0HnZPqAPsr5vDA!2e0!6shttps:%2F%2Fstreetviewpixels-pa.googleapis.com%2Fv1%2Fthumbnail%3Fcb_client%3Dmaps_sv.tactile%26w%3D900%26h%3D600%26pitch%3D11.390370104236752%26panoid%3DF_ZbkWEr0HnZPqAPsr5vDA%26yaw%3D250.7137656940913!7i16384!8i8192?entry=ttu&g_ep=EgoyMDI2MDkwMi4wIKXMDSoASAFQAw%3D%3D

4. Un chantier qui transforme une porte de Paris

Et ce chantier va encore évoluer. Il s’inscrit dans le réaménagement de la porte de Montreuil, qui doit mieux relier Paris, Montreuil et Bagnolet, avec une grande place, davantage de végétation et de nouvelles continuités piétonnes et cyclables.

La première phase est annoncée jusqu’en juin 2027, puis d’autres étapes se poursuivront jusqu’en 2030. Pendant cette période, les voies, les limitations et l’emplacement des contrôles pourront changer au rythme des travaux.

Même si vous passez ici tous les jours, restez donc attentifs à la signalisation : la configuration que vous connaissez ne sera pas forcément celle de demain. Et cela suppose aussi que chaque changement soit annoncé suffisamment tôt et clairement.

Lors de mon passage, l’autre sens de circulation était lui aussi limité à 30 km/h. Maintenant qu’on a regardé les lieux et leurs contraintes, revenons à la manière dont cette histoire a été racontée.

Source : mairie du 20e.

5. Comment fabriquer 752 516 euros avec moins de cinq minutes

Venons-en au chiffre qui a fait les gros titres : 752 516 euros par jour. C’est l’estimation avancée par l’association 40 Millions d’Automobilistes, qui présente ce radar comme une « machine à cash », un discours ensuite repris par de nombreux médias.

Mais comment arrive-t-on à ce montant ? En comptant 18 flashs en 4 minutes et 39 secondes, puis en extrapolant ce rythme sur 24 heures et en multipliant le résultat par 135 euros :

 (18 × 86 400 ÷ 279) × 135 ≈ 752 516 € par jour.

Cette méthode suppose que le même rythme se maintient jour et nuit, sans bouchons, et que chaque flash donne effectivement lieu à une amende de 135 euros. Une estimation théorique finit ainsi par être présentée comme une recette réelle.

BFM relève pourtant 35 flashs en trente minutes, soit un rythme environ trois fois inférieur. Cela montre à quel point le résultat dépend du moment choisi pour observer la circulation. Quelques minutes de trafic fluide ne peuvent pas représenter une journée entière, d’autant que la vitesse moyenne du périphérique en journée tourne autour de 32 km/h.

Mais le problème ne se limite pas au montant annoncé. À force de présenter ce radar comme une « machine à cash », la communication finit par faire oublier l’essentiel : la limitation à 30 km/h est toujours en vigueur.

Autre point : l’association a également communiqué sur ce qu’elle présente comme une « victoire historique », à savoir la suppression du radar. Or cette affirmation est inexacte sur deux points.

Premièrement, le radar ne sera pas supprimé. Il devrait être conservé par la préfecture de police à titre pédagogique. Seuls les procès-verbaux liés à ce dispositif seront annulés, la préfecture invoquant des difficultés techniques.

Annuler des sanctions liées à un dispositif défaillant peut être légitime. Mais cela ne rend pas la limitation injustifiée et ne supprime certainement pas l’obligation de ralentir.

Lors de mon passage, les panneaux indiquant la limitation à 30 km/h étaient toujours présents. Le rétrécissement des voies était toujours en place et les conditions de circulation justifiaient toujours une vitesse réduite : voies resserrées, marges de sécurité réduites entre les véhicules, visibilité modifiée et présence potentielle de personnes intervenant sur le chantier.

Deuxièmement, cette décision n’a rien d’« historique ». Ce n’est pas une mesure exceptionnelle. Sur l’A3, à Montreuil, en 2017, des contraventions avaient déjà été annulées en raison d’un problème de signalisation. À Claye-Souilly, début 2020, d’autres annulations avaient été reportées.

Et tant que les panneaux indiquant 30 km/h sont en place, la règle demeure pleinement applicable. Pourtant, ce point n’est absolument pas rappelé ni par l’associaiton ni par les média et cette communication sur une soit disante suppression du radare peut donc donner l’impression que la règle n’était pas légitime, ou qu’il serait à nouveau possible de rouler à 50 km/h. C’est précisément le risque : transformer un problème de contrôle en remise en cause de la limitation elle-même, voire faire oublier les raisons pour lesquelles elle a été instaurée.

Source : publication de l’association.

 Source : préfecture du Pas-de-Calais.

Source : publication vidéo de BFMTV

https://www.apur.org/sites/default/files/2025-06/observatoire-boulevard_peripherique_octobre_2024_avril_2025.pdf?openfile_analytics=18257 

Source : ANTAI.. Sources : Service Public, Code de la route, article R413-14.

Source : RTL, 4 septembre, actualisé le 5.

Source : SauverMonPermis.

i. Source : Radars-Auto.

https://www.sauvermonpermis.com/actualites/553.html

https://www.radars-auto.com/actualite/actu-radars-general/des-milliers-de-pv-annules-pour-ce-radar-de-chantier-1635

8. Comment le récit circule

Mais ce qui me frappe surtout, c’est la manière dont le discours change selon les usagers. Pour les automobilistes, l’association cherche à expliquer leur comportement et remet en question le dispositif. Pour les cyclistes, elle semble beaucoup moins disposée à examiner le contexte.

Elle vient justement de publier une vidéo boulevard Richard-Lenoir, à l’endroit que j’avais analysé dans un précédent sujet. Elle montre des passages au rouge, en tire des conclusions sur les cyclistes en général et réclame davantage de sanctions. Avec cette phrase : « Si la ville n’a pas autorisé à aller tout droit, il y a probablement une raison. »

D’accord. Mais si la vitesse est limitée à 30 dans une zone de chantier, il y a probablement une raison aussi. Pourquoi chercher à comprendre la règle dans un cas et considérer qu’elle se suffit à elle-même dans l’autre ?

« il y a une règle, elle doit être respectée par tous »,  

À Richard-Lenoir, j’avais notamment montré que la circulation en face avait été coupée. Ce changement mérite qu’on réexamine les mouvements autorisés par le M12. Cela n’autorise pas à ignorer le panneau actuel, mais c’est un élément du contexte qu’on ne peut pas  simplement écarter. Je reviendrai sur cette question dans une prochaine vidéo consacrée aux feux rouges.

Plus largement, constater une infraction ne dispense pas d’analyser le danger ni de réfléchir à l’aménagement.

Et cette différence de traitement pose d’autant plus question que la Sécurité routière présente la vitesse comme la première cause de mortalité routière en France. Elle peut contribuer à provoquer un accident, mais aussi en aggraver les conséquences. Réduire ce débat à une histoire de « machine à cash », c’est donc laisser de côté l’enjeu de sécurité.

Et le décalage va plus loin : l’association se félicite de la suppression du retrait de point pour les excès de vitesse inférieurs à 5 km/h, tout en réclamant davantage de sanctions contre les cyclistes. Elle défend donc une réponse plus indulgente pour certaines infractions et plus sévère pour d’autres. On peut discuter de la proportionnalité des sanctions, mais il faut alors expliquer cette différence à partir des risques, plutôt que du véhicule utilisé.

 Source : L’Argus.

Source : Caradisiac.

10. Conclusion — Une même exigence

Au fond, cette affaire oblige à distinguer les faits : les contraintes du chantier, la signalisation, le fonctionnement du radar et les chiffres largement relayés.

La limitation à 30 km/h reste en vigueur, car les voies sont resserrées, les marges de sécurité réduites et les conditions de circulation modifiées. La réduire à une simple « machine à cash », c’est prendre le risque de faire oublier pourquoi elle a été instaurée.

Le plus grave, c’est que ce relais médiatique n’a fait qu’accentuer la défiance des usagers envers une règle qu’ils ne comprennent pas. Un sujet qui aurait justement pu prendre le temps d’expliquer pourquoi la situation est dangereuse ici rappelant l’importante des distance de sécurité et notamment en soulignant que la circulation inter-files est interdite afin d’éviter de se retrouver pris en sandwich entre deux poids lourds aurait dû constituer la base de la communication et aucun, absolument aucun média n’a pris le temps d’avoir un mot la dessus ils ont juste relayer le sensationnel la machine a fric. 

Et c’est ce que je cherche à faire avec ce média : aller sur le terrain, montrer ce qui reste hors champ, vérifier les affirmations et vous donner les éléments nécessaires pour comprendre.

Ce travail de recherche, de tournage et de mise en perspective prend du temps. Merci à toutes celles et ceux qui soutiennent cette démarche en partageant la vidéo, en la likant, en la commentant ou en contribuant financièrement via les différentes plateformes indiquées au générique et dans la description.

Merci également à l’équipe de relecteur il est temps de vous dire a bientot pour de prochaine viodé et bonne route 

Calculs pour les incrustations

Hypothèse illustrativeCalculRésultat arrondi
18 flashs prolongés sur 24 h18 × 86 400 ÷ 2795 574 flashs/jour
Chaque flash devient une amende à 135 €18 × 86 400 ÷ 279 × 135752 516 €/jour
Même scénario à 90 € minorés18 × 86 400 ÷ 279 × 90501 677 €/jour
Rythme relevé de 40MA18 × 3 600 ÷ 279232,3 flashs/heure
Rythme annoncé par BFM35 × 60 ÷ 3070 flashs/heure
Décompte personnel, si confirmé13 ÷ 145 × 1008,97 %
Réaction en une seconde à 3030 ÷ 3,68,33 m
Réaction en une seconde à 5050 ÷ 3,613,89 m
Rapport d’énergie, même masse(50 ÷ 30)²2,78

Le scénario à 90 € illustre une minoration, pas un encaissement constaté. Barème officiel des amendes forfaitaires.